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Bruno Douilly avec Milord de Tillard
Actualité - 15.05.2026

La fin d’un rêve, le début d’une autre aventure

Septembre 2023. Alors qu’Idao de Tillard a remporté neuf jours plus tôt le Critérium des 5 Ans (Groupe 1), un autre "Tillard" fait l’actualité de la première journée de la seconde session des Ventes de Caen organisée par l’Association des Éleveurs Normands sur l’hippodrome de La Prairie. Accompagné de son fils, Yohan, Bruno Douilly signe le bulletin d’achat de 38.000 € de Milord de Tillard, dont le mariage de sang est identique à celui de son glorieux aîné. Deux ans et demi plus tard, père et fils voient leur rêve stopper net avec la fin de la carrière de Milord de Tillard après deux courses seulement. Mais les deux hommes ont décidé de garder leur cheval à leurs côtés. Leur témoignage évoque une réalité que vivent bien des propriétaires, qu’ils soient novices ou non, et met aussi en avant la reconversion des chevaux de courses.

Dimanche soir dernier, la rédaction de 24h au trot/Province Courses a reçu un mail signé de Bruno et Yohan Douilly qui souhaitaient nous donner des nouvelles de leur cheval, Milord de Tillard. Des nouvelles qui, en l’occurrence, ne sont pas bonnes puisqu’ils nous apprennent que le fils de Very Nice Marceaux, cousin du champion Idao de Tillard (Severino), est "en retraite prématurée après seulement deux courses disputées".
En lisant ces lignes, vous pouvez vous demander pourquoi s’attarder particulièrement sur cette annonce qui, sans être banale, est malheureusement courante dans notre filière.
Au-delà du fait que nous avons été touchés par ce message empreint d’émotion, les Douilly père et fils, qui partagent la passion des trotteurs, avaient vécu il y a un peu plus de deux ans et demi un moment à part, presque suspendu pour eux, avec l’achat de leur premier yearling à une vente. Un achat conséquent puisque d’un montant de 38.000 €, ce qui en faisait le top price de la première journée de la seconde session des Ventes de Caen 2023. "Une fois à la retraite de mon métier de chauffeur-livreur, j’ai décidé de me faire plaisir", avait alors confié Didier Douilly dans les colonnes de 24h au trot qui, avec son fils, avait été visité le poulain dans les prés de l'élevage Chaunion. Ce jour-là, ils repartent de Caen des étoiles plein les yeux et forts des espoirs légitimes de tout nouvel acquéreur. "On était contents de se dire qu’on avait peut-être un cheval pour aller aux courses", se souvient le fils.

Des espoirs aux désillusions

Confié au débourrage à Franck Gougeon, celui-ci qualifie Milord de Tillard en novembre de ses 2 ans. "J’avais pris ma journée pour aller le voir à Caen. 1’20’’1 ce n’était pas exceptionnel, mais il avait comblé du terrain dans la ligne droite pour terminer deuxième de son lot. Ce n’était pas mal", raconte Yohan Douilly. Après un passage chez Sébastien Guarato qui ne le garde pas, le poulain intègre l'effectif de Charles Cuiller. Le 1er mai de l'an dernier, à Saint-Omer, est le jour des grands débuts de "Milord". "Charles (Cuiller) nous disait qu’il suivait bien les "L" à l’entraînement. On a fait la route ensemble avec mon père et mes deux filles depuis Honfleur. On était super heureux. Ça nous a fait drôle de voir pour la première fois notre casaque sur un hippodrome", confie-t-il avec émotion. Mais le poulain se montre fautif. "Ça a été la douche froide". Comme dix jours plus tard à Alençon pour sa seconde course qui sera aussi sa dernière...
Les examens passés montrent que Milord de Tillard souffre d'un problème tendineux à un antérieur. Il est mis au repos tout l'été. Mais son retour à l'entraînement n'est pas plus concluant. "Charles nous a dit qu'il n'avait plus d'allures."
Les soins, le repos de nouveau et deux mois de balnéothérapie ne changeront malheureusement rien à l'affaire. Après trois semaines de reprise progressive de l'entraînement, Bruno et Yohan Douilly doivent se rendre à l'évidence. "La décision s’est imposée à nous, convient le fils. On a pris la décision d’arrêter, car on ne voulait pas que "Milord" souffre. Oui, il a coûté cher, mais ce n’est pas une raison. Ça fait mal au cœur. J'ai eu un pincement quand je suis allé le chercher chez Franck (Gougeon) la semaine dernière. C’est un rêve qui s’envole. On se voyait déjà aller à Vincennes. C’est compliqué de n’avoir couru que deux fois. Mais c’est aussi ça la vie de propriétaire. Il faut une part de chance. Certains en ont, d’autres non."

J'ai eu un pincement quand je suis allé le chercher chez Franck (Gougeon) la semaine dernière. C’est un rêve qui s’envole. (Yohan Douilly)

Un attachement viscéral

Pour autant, il est hors de question de se séparer de leur cheval, pas plus qu'il ne l'avait fait avec leur précédent, victime d'ataxie. Milord de Tillard a rejoint un centre équestre dans la région d'Honfleur. "J’étais content de le voir dans son pré quand il est arrivé dans son nouvel environnement. J’avais les larmes aux yeux de le voir galoper. Je crois que l’on va s’attacher encore davantage à lui", confie ému Yohan Douilly qui aborde ainsi le sujet de la reconversion. Dans les prochains mois, lui qui est cavalier alors que sa fille est alternante au sein de l'écurie de Charles Cuiller en suivant sa formation à l'AFASEC de Graignes se voit déjà partir en balade en selle sur Milord de Tillard. "Une reconversion dans l'équitation de loisir s'offre à lui." Loin des hippodromes mais à jamais dans le cœur de la famille Douilly.

Les associations de reconversion
Au mois de mars, la SETF a reconduit pour la cinquième année ses partenariats en faveur de la reconversion des Trotteurs Français avec la Fédération Française de la Reconversion (FFR) et l'association Passerelle. L'objectif est d'accompagner les chevaux après leur carrière sportive et favoriser leur reconversion dans les meilleures conditions. Depuis le début de ces partenariats, plus de 900 chevaux ont bénéficié de nouvelles perspectives dans différentes disciplines sportives ou de loisir.
→ Fédération Française de la Reconversion : www.federationreconversion.fr/
→ Passerelle : www.passerelle-trotteurs.fr/fr/
© Province Courses
Le jour de l'achat de Milord de Tillard

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